exemples

traduction :

Too early or too late, off the mark or cutting edge?

This is the real difference between fashion and modernity. To be in fashion is to try to move forward in order to keep up with the general thrust of change. As a consequence we find ourselves in the throes of a gravitational force, one step off the mark. Which is essentially a descent - a fall more or less controlled, within a centripetal system. Being modern means to shift one’s view and body, to change one’s angle, to keep what is essential while dispensing with the superfluous, being careful not to become superfluous oneself. This sidestep then becomes a step forward. It provides just the right acceleration to free oneself from this temptation.  It is a fight. Dance is always a fight—uncertain, difficult—nothing is given for free.

source :

Trop tôt ou trop tard, de côté ou en avant ?

C'est toute la différence entre la mode et la modernité. Etre à la mode c'est vouloir faire un pas en avant pour essayer d'exister dans le mouvement général. La conséquence est de se soumettre à une force gravitaire, pour finalement se retrouver à faire un pas de côté. Ce qui correspond à une descente, à une chute plus ou moins contrôlée dans un système centripète. Etre moderne c'est décaler son regard et son corps, opérer un changement d'angle, émarger sans être dans la marge, comme emporté par sa propre cinétique de l'annotation. Ce pas de côté devient un pas en avant. Il devient la juste accélération qu'il faut pour se libérer de l'attraction.  C'est un combat. La danse est toujours un combat, insécure, difficile, rien n'y est jamais acquis.

 


traduction :

Such would be the thorny dilemma of pop art, which Robert Delaunay posed from 1913, in L’Équipe de Cardiff (a montage of pre-made images; here, already, we have the inverse of the Duchampian readymade, by this avowed belief in the value of painting, but a modern kind of painting that would not forgo the collective imaginaries spread through the glossy pages of mass-circulation magazines). Under this new form of tabular compilation, in which the artist represents himself within the new visual culture of information, Delaunay took note of a change of perceptive regime that, because ‘we are not before images (but) at the middle of them, just as they are at the middle of us’, now force us to ‘know how to circulate among them, how to circulate them.’ Van Gogh—pop before his time—had paved the way.

source :

Ce sera l’épineux dilemme du pop art, celui que posera Robert Delaunay, dès 1913, dans L’Équipe de Cardiff (montage d’images déjà faites, déjà là, l’inverse du ready-made duchampien, par cette croyance affichée dans la valeur de la peinture, mais d’une peinture moderne qui ne ferait pas l’économie des imaginaires collectifs déplacés sur les papiers glacés des magazines à grand tirage). Sous cette forme de compilation tabulaire dans laquelle l’artiste se met en représentation au cœur de la nouvelle culture visuelle de l’information, Delaunay prend acte d’un changement de régime perceptif qui, parce que « nous ne sommes pas devant les images (mais) au milieu d’elles, comme elles sont au milieu de nous » oblige désormais à « savoir comment on circule parmi elles, comment on les fait circuler ». Van Gogh, pop avant l’heure, lui avait ouvert la voie.


traduction :

Associating an artist with a movement or an idea is always complicated, and, perhaps, even more so when it comes to Vincent van Gogh, whose story, life and style have captured the imagination of many. The question to ask is whether his oeuvre has any relationship with what could be described as 'popular' and what it might mean to say that he created a popular body of work, thus heralding that which our modernity seeks to signify through the concepts of the 'popular' and, furthermore, 'pop'. I put forth the hypothesis that only the reaction to the work of Van Gogh was able to be and can be popular, while his work in itself, to the contrary, cannot really be, for several reasons. It is helpful to consider here that it was the way that Van Gogh's work was received which made it 'popular' and that this transformation is a 'fabrication' which has modified the economic and mythogenetic reception of his work in a substantial way. I propose that there is an ideological aspect to this, which must be deconstructed. To deconstruct does not mean to destroy this tendency, but rather to analyse it in order to separate it from an appreciation of the deftness of Van Gogh's oeuvre.

source :

Il est toujours complexe d’associer un artiste à un courant ou à une idée et, peut-être, encore plus complexe s’il s’agit de Vincent van Gogh, dont on a beaucoup fantasmé l’histoire, la vie et le style. Ici il s’agit de comprendre si son œuvre entretient une quelconque relation avec ce qui pourrait être nommé « populaire » et de comprendre ainsi ce que signifierait qu’il ait produit une œuvre populaire et qu’il serait en cela le signe annonciateur de ce que notre modernité entend nommer par les concepts de « populaire » et encore de « pop ». J’émets l’hypothèse que seule la réception de l’œuvre de Van Gogh a pu et peut être populaire, en revanche son œuvre, en tant que telle, ne peut vraiment l’être et pour plusieurs raisons. Il convient alors de penser que la réception de l’œuvre de Van Gogh en a fait une œuvre populaire et que cette transformation est une « fabrique » qui modifie substantiellement la réception économique et mythogénétique de l’œuvre. J’émets l’hypothèse qu’il s’agit d’une disposition idéologique qu’il faut déconstruire. Déconstruire ne veut en aucun cas dire « détruire » ce dispositif mais bien l'analyser pour le séparer d’une réception de l’adresse de l’œuvre de Van Gogh.


traduction :

Just a short distance from churches clouded with incense, away from sometimes exuberant religious processions marking out a curious cartography within the town walls or without, the humblest inhabitants of the Arles region were still, at the end of the 19th century, reciting daily prayers in the patriarchal privacy of their homes, in a collective worship marrying simplicity and fervour.

Punctuated by popular songs in the Provençal dialect with the children joining in in chorus, these family prayers were organized around strange objects called béatilles. Placed on top of the chest of drawers in the parents’ bedroom, they were a substitute for the more elaborate prayer rituals of the wealthier houses. These humble artefacts were made by the sisters in the neighbouring convents, from commonplace materials (scraps of paper or cloth, cheap glass beads or shells). They reveal a Lilliputian world containing stunning representations of the spiritual foundations that were reinforced by the Council of Trent from the year 1545, in response to the Protestant Reformation.

source :

À faible distance des églises embuées d’encens, en retrait des processions religieuses parfois exubérantes traçant une cartographie singulière dans la cité ou l’espace rural, les habitants les plus modestes du pays d’Arles se livraient encore, à la fin xixe siècle, dans l’intimité patriarcale de leur demeure, à des oraisons quotidiennes collectives conjuguant simplicité et ferveur.

Ces prières familiales, ponctuées de chants populaires en langue provençale repris en chœur par les enfants, s’organisaient autour d’étranges objets appelés « béatilles ». Posés sur la commode de la chambre parentale, ils se substituaient aux oratoires aménagés dans les maisons plus opulentes. Ces humbles artefacts étaient réalisés par les moniales des couvents voisins, à partir de matériaux dérisoires (chutes de papier de bois ou de textile, verroterie de pacotille, coquillages quelconques). Ils dévoilaient, sur le mode lilliputien, des représentations étonnantes illustrant les fondements spirituels mis en avant lors du concile de Trente à partir de 1545 en réponse à la Réforme protestante.